28 octobre 2010

HOUSSINE. COURSIER. PETIT CHAMPION DU FIXIE.

Je ne sais pas par où commencer pour vous parler d'Houssine. Par le commencement peut-être... ça va on la connait celle-là !
Je vous préviens tout de suite, ça va être long ! Mais ne décrochez pas, vous allez connaître un autre aspect du fixie avec un mordu qui en fait non seulement son métier mais son art de vivre.


Alors... Je retrouve Houssine un samedi après-midi dans un des sanctuaires du Picon Bière et du fixie, La Caravanne dans le 11e. À peine assis à une table, le serveur nous demande si on veut un Picon Bière, "comme d'hab" dit-il en regardant Houssine. Euh.... il est 16h, ce sera Coca light pour moi M'ssieur, s'il vous plait. Houssine "Hey, je me suis fais engueuler par Jboule l'autre jour, je ne me suis pas réveillé... je vais calmer le jeu, un Coca s'il te plait." Jboule c'est un des ses boss, celui dont tout le monde parle chez les coursiers, je pense même qu'on pourrait l'appeler le loup blanc. Nous y reviendrons certainement dans un autre article.

Je ne connais pas du tout Houssine. Nous avons juste échangé quelques mails et textos pour savoir où et quand on pouvait se retrouver. Une fois nos Coca sur la table nous pouvons commencer à parler. L'avantage avec The Hou, c'est qu'il n'est pas du genre à faire des beaux discours compliqués et pompeux. Il n'a pas besoin non plus qu'on lui donne une pièce pour parler. Pratique, j'interromps de temps à autre son monologue pour préciser certaines choses et hop ça file tout seul. Houssine est un passionné. Son métier et son vélo font partie de lui et il en parle très sincèrement. Du petit lait pour moi.  

Je l'écoute attentivement. Au fil de la conversation/monologue je me rends compte que je n'arrive pas à lui donner d'âge. Il a une gueule d'ange mais un discours si mature que je n'imagine pas une seconde qu'il n'a que 22 ans. Sans prétention et avec beaucoup de modestie il se raconte et m'explique d'où lui vient sa passion.

Son métier de coursier il le commence après avoir travaillé chez Cyclope. À ce moment là il est déjà dans le vélo. Il a commencé à en faire quand il avait 15ans après avoir abandonné le skate. Il veut aller plus vite et se déplacer plus facilement... pour arrêter de se faire "attraper" par la bande adverse du quartier. Le quartier c'est le 20e, rien de bien méchant donc.
Cyclope, c'est un magasin de vélo qui fait du fixie depuis quelques années déjà. C'est le genre d'endroit qui favorise la passion pour le vélo avant de penser mode/fixie et tout ce qui va avec. Que tu aimes changer de vitesse ou ne pas avoir de frein sur ta bécane, c'est la même chose du moment que ton plaisir tu le prends en roulant. Chose qu'ils perçoivent très vite chez Houssine et lui permettent ainsi de monter son premier fixie. 

À 19 ans il participe à sa première Alleycat (course de coursier avec plusieurs checkpoints comme un coursier pourrait le faire durant une journée de livraison). C'est une course de rapidité très physique. Quoiqu'il en coûte il faut arriver le premier au checkpoint suivant selon son propre itinéraire. Du coup Houssine ne veut et ne peut plus en décrocher. On lui propose de devenir coursier. Il rentre ensuite chez Urban, une société de coursiers à vélo. En plus de se déplacer et de vivre sur la monture de ses rêves, Houssine intègre la communauté des coursiers. Et si vous avez bien suivi tous mes articles, fidèles lecteurs, vous devez vous rappeler que les coursiers sont à l'origine du fixie. Vous savez, inspiration du vélo de piste et de course, simple et épuré, New-York... Une fois rentré chez Urban, il enchaîne les championnats de coursiers. dans la catégorie des Sprinters. Il sera vice champion d'Europe à Berlin et demi-finaliste au Japon en 2009. Houssine à l'esprit de compétition, il ne lâche pas et la défaite lui est amère lorsqu'il perd au Japon à cause d'une pédale mal clipsée. Il monte régulièrement sur le podium des AlleyCats organisées en France. Ce qu'il aime dans ces courses c'est la compétition mais aussi la rencontre avec les coursiers du monde entier. La mixité est importante pour lui.  Il est curieux et a envie de savoir comment ça se passe ailleurs.  Mais depuis quelques temps Houssine ne court plus après la première place. La pression et les clichés l'ont un peu agacé. "Ah, tu fais du vélo, toi, tu dois aimer le Tour de France... moi à l'époque j'avais un Peugeot avec des roues Mav..." À ce genre de chose Houssine répond qu'il est "étudiant en cyclo-urbanisme". Et apparemment ça calme beaucoup de monde.



Houssine m'apprend beaucoup sur son métier. Coursier à vélo n'est pas juste une balade quotidienne dans les rues de Paris pour aller livrer quelques colis. Vous imaginez bien que ceux qui font ce métier ne s'astreignent pas à respecter le code de la route. Chaque minute compte, la course doit être la plus rapide possible. Et chaque seconde, chaque minute gagnée entraine une prise de risque. Et autant vous dire qu'ils roulent toute la journée après la minute gagnée.
Houssine m'explique qu'il faut sans arrêt anticiper et imaginer ce qui peut se passer pour se protéger le plus possible. D'autant plus avec un fixie puisque le freinage et le contrôle du vélo passe par les jambes et les réflexes.
Au début il roulait sans frein. C'était un puriste. Sacrilège de mettre un frein sur un fixie ! Mais la raison l'a rattrapé et le frein lui donne un certain confort quant à sa sécurité. Parce que sans frein si une voiture vous coupe la route et que vos jambes ne suivent pas, c'est le choc assuré. Petit rappel au cas où. Le seul moyen de freiner rapidement sur un fixie c'est de bloquer les roues à la force des jambes pour stopper net la vitesse. On appelle ça skider. En même temps que vous bloquez les pédales pour stopper la roue arrière, vous penchez votre corps vers l'avant en levant les fesses de la selle pour alléger le vélo. Mais également pour avoir le plus hauteur possible sur ses jambes et ainsi pouvoir bloquer plus ou moins fortement et longuement les roues. Et selon l'intensité du skid, pour garder l'équilibre il faut plus ou moins faire chasser la roue arrière. Ce qui en d'autre termes s'appelle un dérapage... Et visuellement ça donne
ça.

Ce rapport physique permanent avec le vélo crée une relation particulière entre le cavalier et sa monture. C'est "le prolongement de toi-même, tu fais corps avec ton vélo" me dit-il.
Faire du fixie, c'est une pratique pure qui joue sur le physique et le mental. Il est impossible de faire du fixie si vous n'anticipez pas chacun de vos mouvements. Pressé par le temps, chaque seconde compte et chaque mouvement est quasi vital. Un coursier connait par cœur sa ville mais ne connait pas par cœur le chemin de chaque voiture ou scooter.
À la fin du shoot je lui montre quelques photos pour qu'il se rende compte du résultat. Et en voyant une photo de son fixie il me dit comme un enfant fier de son joujou "Oooh, il et beau mon vélo, hein ?".













J'aurais encore pas mal de mots à écrire sur ce petit champion mais je vais m'arrêter là.
Juste, la dernière petite chose comme pour les autres, un son. Houssine me précise qu'il écoute beaucoup de sons différents. Il évite les morceaux avec trop de guitare pour s'empêcher de faire du air guitar sur son vélo. Ce qu'il écoute le plus souvent c'est la BO de MASH. MASH, c'est LE film référence dans le fixie. À voir de toute urgence, vous allez prendre une bonne claque. On suit pendant près d'une heure des tarés du pignon fixe dans les rues de San Francisco. Image et son, ça donne ça. Enjoy !

ps : MASH c'est aussi une WebTV sur viméo. Re Enjoy !













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