5 juillet 2012

BIKE POLO - BRENDAN - BRIXTON

Bien trop longtemps que je n'ai pas étudié, décrypté et reniflé un rider de près.
Mais de passage à Londres pour quelques jours, je profite de l'occasion pour rencontrer des riders sur place et comprendre la tendance de la ville. Sur les conseils de mon ami Marc, je contacte Brendan, un joueur de Bike Polo. Avec ce portrait je vais alors marquer mon entrée dans le Bike Polo. 


Dans mon Anglais un peu incertain je le contacte et je lui fais un petit topo sur mon blog et ma venue à Londres. Rapidement Brendan me répond et me propose de le retrouver à Brixton où il travaille.
Samedi 28 Avril 2012. 12h30. Il pleut sans cesse depuis deux jours.
On ne se connait pas, je le préviens deux jours avant d'arriver, il se met à ma disposition, je le prive d'une journée de repos au lendemain d'une soirée d'excès, mais il a quand même le sourire. 

Nous marchons quelques minutes sous cette satanée pluie avant d'arriver dans un petit resto de quartier. Brendan en profite pour me parler de Brixton et de son marché qui accueille produits africains, asiatiques, indiens et sud-américains. Il tente aussi de me fredonner une chanson que les Clash ont écrit sur le quartier. Echec : je lui dis que je l'ai reconnu pour ne pas le vexer, je fais ce petit signe de la tête qui signifie "ah OK i got it ! " mais en fait pas du tout. Désolée Brendan pour ce mensonge. Il tentait simplement de me faire reconnaitre "Guns of Brixton". Chanson composée et écrite par le bassiste du groupe, Paul Simonon, lui-même originaire de Brixton. Rapidement pour vous situer Brixton, et parce que j'aime toujours savoir où je suis, Brixton est un quartier du sud de Londres situé dans le district de Lambeth. Ce quartier est considéré comme LA capitale de la communauté Jamaïcaine de Londres. Egalement connue pour le nombre de salles de concerts et la diversité des artistes internationaux qui s'y produisent. 



Comme je vous le disais Brendan est un joueur de Bike Polo. Et qu'est-ce que le Bike Polo me direz-vous? C'est simple, vous prenez le Polo classique, vous enlevez les "poneys" et vous mettez des vélos à la place, enfin presque. Au commencement ça s'appelle le Vélo-Polo. Inventé en Irlande à la fin XIXe siècle, le Vélo Polo se joue sur gazon comme le polo traditionnel. Equipés d'un pignon fixe, d'un maillet en bambou et d'une balle de handball, les joueurs s'affrontent en équipe de 5 durant deux périodes de 30 min, sur un terrain quasi aussi grand qu'un terrain de foot. Mais depuis les années 2000 est apparu à Seattle, une version street du Vélo Polo. Il s'agit du Hardcourt Bike Polo. Traduisez, Polo à Vélo sur terrain dur, car joué la plupart du temps sur le bitume ou sur une surface type parking, gymnase voire terrain de tennis. Les joueurs étaient à la base en pignon fixe mais depuis quelques années le pignon fixe a laissé place à la roue libre et au frein à l'avant, uniquement. Plus pratique, la roue libre donne une plus grande aisance des mouvements et une meilleure concentration sur le jeu. Le maillet est au départ un bâton de ski au bout duquel est ajouté un morceau de tuyau en PVC d'environ 20 cm de large. 
Dans cette version du Polo, un match se joue en 10 min, le vainqueur étant bien évidemment celui qui a marqué le plus de buts au coup de sifflet. Ou celui qui marque en premier le 5e but. Comment ça se passe ? Deux équipes de 3 s'affrontent. Etant un sport de rue, les règles ne sont pas très strictes et laissent pas mal de liberté. Toutefois, il est interdit de poser le pied à terre et si tel est le cas le joueur ayant fait un "foot down" doit aller taper le centre du terrain avec son maillet pour faire un "tap out" avant de revenir dans la partie. Pour qu'un but soit accepté, il doit être tapé avec le plus petit côté de l'embout du maillet, le plus grand étant pour diriger la balle, sinon il y a shuffle et le jeu continue. Lorsque il y a but, l'équipe ayant marqué doit retourner dans sa moitié de terrain et ne peut reprendre le jeu uniquement lorsque l'équipe adverse franchit cette moitié de terrain. Les contacts ne doivent être que de vélo à vélo et de corps contre corps. Pour terminer, une partie ne peut commencer que lorsque une personne crie "Polo" en bord de terrain. Vous avez compris ? Au cas ou, voici ce que ça donne image.

Pour revenir à Brendan, il est originaire de Toronto et s'est installé à Londres il y a 17ans après avoir visité plusieurs fois l'Angleterre. Agé de 38 ans il est réalisateur (clips, court-métrages...). En cliquant juste , vous pourrez voir son travail et par ici son dernier film sur le Polo.
Assise en face de lui nous échangeons sur ses débuts dans le Polo. Et d'anecdotes en anecdotes nous nous apercevons que le vélo nous lie à de nombreuses personnes. Brendan me pose des questions sur les équipes françaises et me demande notamment la signification de certains noms d'équipe. Des équipes comme les "Chacals" ou "Ma couille", même si pour cette dernière j'avoue lui avoir dit "hey, tu sais ce que ça veut dire…". Et forcément, l'explication de "Ma couille" de manière littérale et l'explication de la gentille utilisation que l'on pouvait faire ce mot a été un des grands moments de cette journée. Merci Brendan pour ton humour et la finesse de tes blagues, c'est un régal ! 


Au fil de notre discussion, il m'explique que le vélo est omniprésent dans sa vie depuis de nombreuses années. Au départ il se la donne surtout en mountainbike. Puis en 2007 il découvre le pignon fixe. Son premier vélo est un vieux Peugeot trouvé à côté de chez lui. Il le retape avec un ami et hop, c'est parti. Une semaine après il arrive un dimanche sur un terrain de polo, il essaie et hop c'est parti. C'est un vrai coup de coeur et pour reprendre ses mots "he was hooked by Bike Polo". Hook, comme Capt'ain Hook, il a été accroché. Il commence à jouer à Bricklane, fameux quartier parfois associé à mon cher et tendre Williamsburg à Brooklyn. C'est un quartier branché et arty qui est une sorte de nouveau Camden.

A Bricklane Brendan rencontre "The Ambassador of Bike Polo", le nommé Yorgo T. Celui qui a rapporté des USA le Polo à Londres et à Paris. Ils jouent quelques mois ensemble à Brick Lane, mais plus tard Brendan se mettra en quête de rouleurs et de joueurs dans le sud de Londres. Par un de ses amis, qui faisait du BMX à Carpark Pickman, près de London Bridge, il trouve ce spot et vont alors se mettre en place les entrainements du mercredi. Pendant un an, les londoniens vont jouer sans trop se rendre compte de quelle manière le polo évolue à l'étranger. En 2008 s'organise le premier tournoi international. Brendan réalise soudainement que le Bike Polo est un mouvement mondial et qu'il n'avait pas mesuré l'ampleur de la chose jusqu'à présent. C'est lors de ce tournois qu'il rencontre Marc. Plus tard ils joueront ensemble au sein des Dead Rappers. J'ai demandé à chacun s'ils pouvaient m'expliquer l'origine de ce nom et chacun m'a dit de demander à l'autre. Et aucun des deux n'a été capable de me l'expliquer. "Juste un nom débile" me répondent-ils. Ensuite arrivent les European Hardcourt Bike Polo Championships, ou pour la faire plus court les EHBPC de 2008, qui se joueront à Zürich. Lors de ces premiers championnats Brendan retrouve à 32 ans l'esprit de compétition qu'il avait poussé à arrêter le tennis lorsqu'il avait 15 ans. L'adolescent compétitif qu'il avait cessé d'être refait surface. Mais son esprit de compétition est somme toute modéré. Il joue avant tout pour le plaisir et par passion. Il préfère ne pas jouer plutôt que de se retrouver face à des acharnés de la victoire, qui selon lui, perdent toute notion de jeu et de partage. Gagner oui, mais seulement en tournois. En 2009, il se déplace pour la première fois en France pour les Internationaux de Rouen pour participer au festival "Happy Wheels" où s'organise des concerts lors du tournois. 

C'est au Championnat du Monde de 2009, le WHBPC de Philapdephie, que le joueurs Européens découvrent que les américains jouent désormais en roue libre. A la suite de ça, quasi tous les joueurs vont en faire de même. Les tournois nationaux et internationaux se font de plus en plus nombreux. On passe de 26 tournois en 2008 à 152 en 2011. Les Dead Rappers multiplient les victoires et les podiums: Bicycle Film Festival 2009, London League 2010, Amestredam 2010, Cambridge 2010 et j'en passe… En 2010 Marc et Brendan jouent ensemble. Mais Marc habitant à Paris, ils finiront par se séparer en 2011. Brendan et Emmet, son co-équipier vont alors faire rentrer dans leur équipe, une toute jeune star du Polo Anglais, Luca, 17 ans. Ensemble depuis peu, ils gagnent leur premier tournois à Cambridge en Mai dernier. Début Juin, ils se qualifient pour les Euros/EHBPC de 2012, qui se dérouleront à Paris du 19 au 21 juillet. Gros rendez-vous à ne pas louper si vous êtes à Paris.
Je questionne ensuite Brendan sur les terrains qu'il préfère accrocher avec son maillet. Parmi eux il cite Cambridge et London Bridge mais également Rouen. Attaché aux joueurs Français et à ce terrain en plein air, il apprécie venir y jouer. 



Je me pose pas mal de questions aussi sur la façon de jouer de chaque pays. J'imagine que la culture et les années de jeux forgent les joueurs. Suite à ce qu'il me dit j'ai regardé et observé ce qui se passait sur le terrain grâce à de nombreuses vidéos. Il semblerait alors que les Américains et les Canadiens soient des joueurs assez physique qui n'hésitent pas à faire du rentre dedans. On sent beaucoup plus de force et de rage. Ils s'appuient beaucoup aussi sur les murs pour se faire des passes, alors que les Français seraient plus dans la passe directe, dans la stratégie d'échange et dans la rupture avec un peu moins de corps à corps. Je vous laisse voir ça dans la finale que l'une des meilleures équipe Française, les CALL ME DADDY, a disputé lors des derniers championnats du monde à Seattle en 2011. Bravo les garçons, la finale vous a été volée ! C'est par ici

Une chose importante dont il faut que je vous parle au sujet de Brendan, son vélo. Sponsorisé depuis ses débuts par 14 Bike Co, célèbre magasin et marque de vélo à Londres, connue notamment pour ses cadres sur mesure, il monte tous ses vélos avec eux. Il n'a pas moins de 5 vélos depuis toutes ces années. Mais son vélo de Polo actuel est sans hésiter celui qu'il préfère. Monté spécialement pour le Polo avec un petit ratio, parce qu'il faut pouvoir démarrer rapidement durant un match, un frein et des pédales automatiques ou clips. Ca c'est pour la base. Mais la singularité de son vélo réside dans le cadre. En plus d'être courbé au niveau du tube de selle, il peut se détacher en deux parties. C'est l'une des marques de fabrique de 14 Bike Co. Deux attaches situées dans le tube horizontal et dans le tube diagonal permettent ainsi de visser et de clipser les deux parties du vélos. Le Polo nécessitant beaucoup de déplacements, la praticité de ce genre de cadre est indéniable. Et détail ultime, chaque partie du vélo à sa couleur, ce qui le rend d'autant plus original et singulier.



Brendan me propose d'aller faire les photos à son bureau en utilisant deux mots magique "loft" et "roof top". En plus d'être un lieu qui lui est propre, la description est très alléchante. Court intérieure, monte charge, grosse grille en fer, long couloir, loft, parquet, toit-terrasse… J'aime déjà cet endroit. Après un passage dans ses bureaux, nous montons sur le toit de l'immeuble pour attaquer les photos. Et là, belle claque quand je me retrouve face à la silhouette de Londres dessinée dans le ciel gris et nuageux. Mes cheveux partent dans tous les sens tant il y a du vent et que ce foutu crachin "crache", mais tant pis, j'y suis, j'y reste. Brendan se prête au jeu sans même rechigner alors qu'il fait froid et que son vélo manque de s'envoler à chaque rafale. 



De retour dans son bureau, tout en discutant je jette un coup d'oeil dans les étagères et je vois ces petites touches d'amitié avec la France qu'il garde près de lui. Tous les numéros de Steel Magazine sont là, il y tient d'ailleurs la chronique vidéo, ses lunettes Waiting for the Sun de Jude et Antoine sont accrochées à une besace 14 Biko Co… Il est très attaché à toutes ces personnes et me dit la même chose qu'eux: la communauté du Polo lui apporte beaucoup de bons moments et de belles rencontres. Il se ravie de connaître autant de personnes dans le monde entier. Il estime connaître 60% des joueurs et avoir joué avec ou contre 40% d'entre eux.

L'après-midi touche à sa fin. Avant de partir nous faisons un tour dans ce fameux marché couvert. Mélange de marché aux épices et du marché des Enfants Rouges à Paris. Il fait bon vivre à Brixton, loin de tout le marasme et de toute la foule du centre de Londres. Je repars de Brixton en fin d'après-midi en me disant qu'une fois de plus le vélo m'avait permis de rencontrer une belle personne. Merci Brendan pour cette agréable journée en ta compagnie et pour ta disponibilité. Ce fut un plaisir et je me ravie déjà à l'idée de te revoir en juillet pour les EHBPC. Enjoy Spain !


Je terminerai ce "court portrait" comme d'habitude, en musique. Petite anecdote d'ailleurs à ce sujet. Quelques jours après mon retour, nous nous faisons une session skype avec Brendan pour qu'il réponde aux 1000 questions que je ne lui avais pas posé. En fin de conversation, je lui demande de me dire quel son lui ressemble le plus. Il hésite et finalement il finit par me faire une sorte de crie de guerre. Je ne comprends pas, il répète, il me l'écrit. Puis, il m'explique que lorsqu'ils marquent un but avec Emmet et Luca ils poussent un "bbbbam". Et là, fou rire, je comprends en fait que la traduction de notre expression "c'est quoi ton son, ta musique" ne se fait pas du tout en Anglais. "What is your sound ?" veut dire "quel est ton son" pas plus pas moins et non "What is your favorite song".
Alors Brendan, voici tes SONS préférés. King Be avec Back by Dope Demand. Celui que tu adores, Cass McCombs avec That's That, jolie découverte au passage, merci. Et pour terminer le classique de tout les temps, The Clash avec Straight to Hell.

xxx

La suite des images par ici.

Merci Marc de m'avoir permis de rencontrer Brendan.




2 commentaires:

  1. Tu as le chic de donner trop envie de rencontrer les gens dont tu fais le portrait! Et de faire du polo (bon ça j'avoue j'avais déjà envie avant de lire l'article) et prendre un billet de train pour aller à Paris demain!
    Bravo!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci merci !! Faut dire aussi que j'ai de la chance de rencontrer ces personnes. Ca tient aussi et surtout à eux ;)

      Supprimer